Édouard Philippe Premier ministre, un pas de plus vers la recomposition politique

Le président de la République a annoncé lundi qu’il avait choisi le maire Les Républicains du Havre Édouard Philippe pour le poste de Premier ministre. Une étape de plus dans la recomposition politique voulue par Emmanuel Macron.




Même si le suspense perdurait, son nom revenait en boucle depuis une semaine. Édouard Philippe, 46 ans, maire Les Républicains du Havre depuis 2010 et député de la Seine-Maritime depuis 2012, a été nommé Premier ministre par Emmanuel Macron, lundi 15 mai.
Cet élu Les Républicains coche toutes les cases énoncées par le nouveau président de la République : il représente l’alternance et le renouveau, possède une expérience parlementaire, a aussi connu le privé comme avocat et, à l’image d’Emmanuel Macron, est capable de travailler avec des personnes issues de la droite comme de la gauche.
Édouard Philippe fait en effet partie de cette droite dite "modérée" que ciblait Emmanuel Macron depuis plusieurs semaines. Ce proche d’Alain Juppé était l’un des porte-paroles de l’ancien Premier ministre durant la primaire de la droite. Il est aussi de ceux qui ont quitté l’équipe de campagne de François Fillon début mars, lorsque ce dernier a refusé de se désister au moment de sa mise en examen.

Un juppéiste Macron-compatible

Trois semaines après avoir claqué la porte, il publie, avec plusieurs autres élus de droite, dont le maire de Tourcoing Gérald Darmanin, le maire de Reims Arnaud Robinet, le maire de Châlons-en-Champagne Benoist Apparu, le maire d’Angers Christophe Bechu ou encore le maire de Coulommiers Franck Riester, une tribune dans L’Opinion, intitulée "Les questions ne sont pas les bonnes", dans laquelle il accuse la classe politique de ne pas être au niveau.
"Nous tirons le signal d’alarme, écrivent ces élus. Après avoir été incapables de régler les problèmes de la fin du XXe siècle, nous devons à tout prix éviter de ne pas comprendre ceux du XXIe. La politique, et donc notre pays, ne s’en relèveraient pas. On parle virgule de croissance, stock de dette, déficits, baisse du chômage, point de TVA. C’est important, évidemment. Mais outre que nous persistons à traiter ces questions par le petit bout de la lorgnette, sans penser une réforme d’ensemble d’un système fiscal injuste et à bout de souffle, traitons-nous l’essentiel alors que le reste du monde parle robots, numérique, digitalisation, data, matériaux connectés ? Nous discutons de comptabilité quand le monde pense une révolution, de façon aussi anachronique que nos grands-parents quand ils nous parlaient en anciens francs."
Sur la vision du monde, de l’Europe, les enjeux en matière d’économie numérique ou de politique énergétique, Édouard Phillippe semble, à la lecture de ce texte, totalement Macron-compatible. N’a-t-il d’ailleurs pas déclaré selon le JDD, fin 2016, "Macron pense à 90 % la même chose que moi" ?
Comme lui, sa couleur politique n’a pas toujours été figée. Son tout premier engagement politique s’est ainsi fait à gauche. Durant ses études à Sciences-Po Paris au début des années 1990, il milite deux ans chez les socialistes, tendance Michel Rocard. Puis il se rapproche petit à petit de la droite et finit par rejoindre en 2001 l’équipe municipale du maire du Havre Antoine Rufenacht.
"Constituer une majorité d’un nouveau type"

En 2002, Édouard Philippe rencontre Alain Juppé, qui lui demande de l’aider à la fondation de l’UMP. Une rencontre qui le marque profondément. Douze ans plus tard, lorsque l’ancien Premier ministre se lance dans la primaire de la droite, il est bien évidemment à ses côtés.
Son mentor battu, il se met à tenir une chronique hebdomadaire dans Libération dans laquelle il égratigne Emmanuel Macron. "Qui est Macron ? Pour certains, impressionnés par son pouvoir de séduction et sa rhétorique réformiste, il serait le fils naturel de Kennedy et de Mendès France. On peut en douter. Le premier avait plus de charisme, le second plus de principes. Pour d’autres, il serait Brutus, fils adoptif de César", écrit-il le 18 janvier.
Trois mois et demi plus tard, à la veille du second tour de l’élection présidentielle, le ton a changé. "Si c’est Emmanuel Macron, il devra transgresser. Sortir du face-à-face ancien, culturel, institutionnalisé et confortable de l’opposition droite-gauche pour constituer une majorité d’un nouveau type. Son chemin sera étroit. Et risqué. On imagine mal le fameux ‘système’ se laisser faire", prédit le 3 mai dans sa chronique Édouard Philippe, à qui revient aujourd'hui la responsabilité de cette transgression.

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