L'optimisme prôné par Emmanuel Macron est-il bon pour la croissance économique?

Plus qu'un trait de caractère, la confiance en l'avenir affichée par Emmanuel Macron peut bel et bien se traduire par des effets concrets sur l'économie.


Le ton était solennel, mais le message plus optimiste. "Les Français ont choisi le 7 mai dernier, l'espoir et l'esprit de conquête", a annoncé Emmanuel Macron hier lors de son discours d'investiture. "Depuis des décennies, la France doute d'elle-même", a-t-il ajouté, assurant que sa première exigence "sera de rendre aux Français cette confiance en eux depuis trop longtemps affaiblie". 
"Les emplois de demain sont là, la prospérité de demain est là", a ensuite expliqué le nouveau président, plus tard dans la journée, dans un deuxième discours à l'Hôtel de Ville de Paris. Mais plus qu'un trait de caractère, l'optimisme que le nouveau président veut insuffler à son mandat peut-il entraîner des effets économiques sonnants et trébuchants? 


La confiance en l'avenir, composante de la croissance


"La confiance immédiate ou à long terme dans l'avenir va déterminer notre capacité à faire des projets. Cela aura donc un impact sur la conjoncture économique via le niveau de la consommation et des investissements", expose Emmanuel Jessua, directeur des études chez COE Rexecode. 
Pour l'économiste, une vision positive du futur peut jouer à sur les comportements des agents économiques et favoriser la croissance à court terme en relançant la demande. "Il est certain qu'une des conditions pour que les ménages consomment davantage, ou que les entreprises investissent plus, est qu'ils aient une vision positive de l'avenir".
Si les acteurs économiques ont une vision dégradée du futur, alors ils auront des comportements de repli. Les ménages épargneront davantage et les entreprises réduiront leurs investissements", poursuit-il. À l'inverse, une vision positive de l'avenir peut pousser les agents économiques vers un cercle vertueux. "On pourrait parler d'anticipations auto-réalisatrices", indique Bruno Ducoudré. 


La nécessité d'une "amélioration effective"


Mais pour les deux économistes, cette vision optimiste du futur ne peut se suffire à elle-même. "Il faut qu'il y ait une amélioration effective, qui soit ressentie comme telle. Si par exemple les ménages ne voient pas leurs revenus s'améliorer, où le chômage baisser, alors ils ajusteront leurs comportements à la baisse, notamment le niveau de consommation", signale Bruno Ducoudré. 
Le raisonnement est le même pour les entreprises. Si elles ne voient pas leurs résultats s'améliorer, alors elles reverront à la baisse le niveau de leurs investissements. "Il est possible d'essayer de guider les anticipations, mais si la politique économique n'est pas suivie d'effets, alors elle n'aboutira pas", analyse toujours l'économiste à l'OFCE. 

"L'horizon économique décrit par le gouvernement doit être perçu comme réaliste et crédible par les agents économiques. Dans le cas contraire, c'est de la pure méthode Coué et les effets seront limités", abonde Emmanuel Jessua. 

L'importance de la confiance entre les acteurs économiques


"En France le degré de confiance entre les individus est assez faible, à l'instar de la confiance accordée aux institutions. Or cela a un coût économique assez pernicieux et durable", continue Emmanuel Jessua de COE Rexecode. "C'est un enjeu économique majeur, qui va au-delà de la simple conjoncture." 

Pour l'économiste, le discours d'Emmanuel Macron autour de l'optimisme peut également augurer une nouvelle manière de construire le dialogue social avec un rapport de confiance plus intense entre les syndicats de salariés et d'employeurs. "C'est une caractéristique fondamentale des pays scandinaves et du modèle de flexi-sécurité qui inspire Emmanuel Macron", termine l'économiste. 

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